"il n'est rien de réel que le rêve et l'amour" (Annes de Noailles)

Calligraphie de Hassan Massoudy

l'intégrale du mini-roman est ici

 


5

 

Aimer plus fort qu'être aimé.

Donner plus fort que recevoir.

Recevoir des tonnes d'eau en mouvement, s'anihiler dans l'eau, se disloquer et se dissoudre, retourner à l'infiniment petit.

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Tout à coup, j'ai aperçu l'imposant instrument, bien caché dans les hauteurs de la cathédrale. Comment m'y rendre?

Comment quitter le groupe sans être vue?

Mes yeux-radars balayent les murailles, à la recherche d'issues, d'escaliers, de tours même ébauchées.

Ils s'arrêtent sur un tambour en bois, couleur vert pâle, une porte, non pas de niveau, mais à un demi-mètre du sol, légèrement entrebaillée.

Je pense avoir trouvé.

Insensiblement, je glisse vers l'arrière, perdant quelques places, laissant autrui s'avancer, suivre les méandres de l'exposé compliqué qui ne me passionne plus.

Je leur tourne le dos, je rejoins l'ombre des colonnes et piliers, je disparais dans l'asile des chapelles basses, je sais où je vais.

Je perçois encore l'écho renvoyé par la sono sur les voutes, des sons, une mélodie sans sens pour moi.

Je suis au pied du tambour, en effet une porte, située à une hauteur nettement supérieure à celle que j'envisageais, je parviendrai à m'y hisser sans bruit, à présent je monte, c'est un escalier en bois, en colimaçon, faire vite, sans bruit aucun.

Et voilà le monument, magnifique orgue du XVII ème siècle, filmer, rapidement, sur toutes ses faces, dans la pénombre, filmer en contreplongée les tuyaux. Imposante beauté, sur tes claviers et pédaliers, j'aurais envie d'y faire courir mes doigts, et mes pieds!

Réveiller ce mort! surprendre la foule en bas, si bas, clouée au sol.

"Il y a quelqu'un là-haut!"

Le temps d'une seconde, j'ai franchi un espace exposé au faisceau lumineux, et l'on m'a vue!

Ne pas moisir là, filer, vers le haut, vers les combles, non vers des coursives qui relient les énormes piliers gothiques.

J'entends une course précipitée dans l'escalier non loin, j'imagine l'irruption au niveau de l'orgue, les rais des lampes à diodes croisés en recherches vaines.

Ils tournent talon, ils vont redescendre, non, l'un d'entre eux continue vers les combles, un autre emprunte la coursive, de quoi ont-ils l'air? Je vais être rejointe, et questionnée, je sors mon badge que j'agraffe sur la pochette gauche de ma chemisette, je tire de mon sac de reporter le plus gros objectif que j'aie en ma possession et le fixe rapidement à mon reflex, je fais volte, et retourne vers le gardien, sereinement, d'un air dégagé, l'appareil bien main.

"Salut, vous n'avez rien aperçu?"

"Non, tout va bien!" Je lui souris distraitement, l'air très légèrement interrogatif, il continue, lancé sur sa course. Je m'arrête, un peu vacillante contre la balustrade, dentelle de pierre remarquable.Pour un peu je lèverai la tête en sifflotant.

Qui cherchent-ils et pourquoi?

Non je n'ai rien vu, je n'étais simplement pas là, je n'étais pas leur "homme"!

 

Fleurdatlas 24 octobre 08

 

(en chamade)