Bien sûr nous savions que tu étais très malade et que tu ne t'en tirerais point sauf miracle (véritable miracle). Il y a d'autres miracles que ceux visibles ou physiques!

Cette transformation de ton esprit et de ton âme. Ce coeur à coeur avec toi - même et ton Dieu. Cette joie de vivre avec moi, de te raconter à moi, de confier tes visions, tes certitudes, tes espérances.
Il est des guérisons du coeur qui valent mieux que toute guérison physique temporaire.
 
N'empêche, je me prends sur le fait plusieurs fois par jour: je me déteste de t'avoir survécu. De n'avoir pas du te dire ceci, de n'avoir pas su te taire cela. Jusqu'au bout avoir été moi-même virulente, passionnée. Terriblement "moi" entière guérillera, passionara, moi et pas une image d'Épinal ou St sulpicienne. 
Je m'en veux de ne pas avoir pu prendre ta place, de ne pas avoir pu t'enrouler dans de belles paroles, de n'avoir pas assez fait la paix avec toi . Peut-être de n'avoir su te retenir auprès de moi, parmis nous, dans cette vallée (de larmes?).
Je t'en veux de t'être fait la belle, d'avoir part avec Dieu avant moi. De nous regarder "de haut"!
 
Mais je sais que ces réactions sont humainement normales après un décès d'être très cher, pendant la période de deuil. Alors je tente de ne pas me juger, de ne pas te juger. Je dépose mes réactions dans la boîte à secrets, celle dont j'ai jeté la clé. Je dépose doucement comme sur un coussin toutes ces réactions qui pourraient être vues comme négatives. C'est un processus. Il faut qu'il se déroule, qu'il se déploie comme la toile rouge nuptiale en dai au dessus de nos têtes. 
En même temps, je relis les notes de nos derniers mois de vie et lutte commune, je regarde les photos, et ces connivences m'appaisent, détrompent et démentent mes quelques ressentis accusateurs.
Je vis le combat spirituel. Doutes et accusations en font partie. En tout je mets ma force dans la certitude de notre amour plus fort que la mort. Je garde mon coeur ferme contre moi.
Viennent les grandes eaux, je ne serai pas submergée.