"il n'est rien de réel que le rêve et l'amour" (Annes de Noailles)

Calligraphie de Hassan Massoudy

l'intégrale du mini-roman est ici

 


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Je l'ai dit, va t'amuser avec tes tits copains ou copines, ici c'est c'est la cour des "grands", des Grands (comme les Grands d'Espagne), t'a pas compris?

T'a pas lu ce que je te disais, va prendre ton pied avec qui tu veux, va courir le vaste monde, épuise ton plaisir
moi je suis pas dans les rêves
moi je vis, difficilement
non je n'aime pas l'irrespect
non je n'aime ni brutalité, ni veulerie

merde, j'en ai plus le temps!
plus le temps de rigoler
plus le temps de croire aux sottises ou d'en inventer

lorsque tu seras plus près de ta mort
tu comprendras sans doute

lorsque tu auras assez longtemps et suffisamment été traité comme une merde tu auras sans doute l'envie de vivre autre chose
ou alors tu n'auras peut-être plus qu'envie de te laisser couler au fond du cloaque!
libre à toi

blanc noir de toutes les couleurs
endroit envers
raffinement, vulgarité!
tout n'est qu'apparence, maya

va jouer avec tes copains et laisse-moi crever seule
avec des souvenirs qui n'en sont pas

avec des brûlures que la camarde aura vite fait d'effacer
ou de bouffer pour s'en repaître

laisse-moi tranquille, je ne demande plus rien
je ne me pose plus aucune question
je m'en fous

il ne s'est rien passé
et ne se passera jamais rien

je suis une pauvre vieille folle qui soliloque avec elle-même face à une psyché sans tain

je suis une reine laide et ridée dans son donjon ruiné battu par les tempêtes
ici tout est mort, désséché

je n'ai même pas de pomme à faire tremper dans quelque poison
je suis la belle (?) au bois dormant qu'aucun prince jamais n'embrassa

je suis la grenouille qui coasse dans le trou près du puits

je suis la chouette au vol lourd
qui porte malheur et qu'on cloue sur les porte

conjurez les sorts!
voilà, je m'offre à vos pointes
pour dégoutter mon sang sur vos seuils séculaires
percez ma jugulaire
et basta!

 

Fleurdatlas 1 novembre 08

 

(soliloque)